A la croisée des chemins : l’habitat participatif

Pour cette nouvelle édition de nos portes ouvertes, nous avons mis l’accent sur l’habitat participatif parce que ce mode de logement ouvre une troisième voie entre le logement individuel et le logement collectif. Le nombre de projets à visiter cette année est assez modeste si on le compare à la totalité des projets qui existent, mais c’est un début qui permet de se rendre compte de la grande richesse d’un concept dont on parle de plus en plus, que ce soit dans les médias ou dans les chaumières et qui intéresse réellement un nombre croissant de personnes, aussi bien parmi les élus et les professionnels que parmi les futurs habitants.

Depuis sa création en mai 2005, APPROCHE-écohabitat a surtout fait la promotion de l’habitat écologique individuel. Ce n’est évidemment pas un choix délibéré mais il se trouve que les particuliers qui portent des projets d’habitat individuel pour eux-mêmes sont très intéressés par l’idée d’un habitat sain et qu’ils trouvent assez facilement des solutions pour recourir aux matériaux biosourcés sans exploser leur budget. En même temps, ils sont plus faciles à atteindre que les professionnels qui construisent de l’habitat collectif pour les autres.

Les statistiques et autres enquêtes d’opinion sont formelles : les Français sont majoritairement attirés par la maison individuelle avec jardin. Les confinements successifs que nous venons de vivre ont encore accentué l’idée qu’il vaut mieux être confiné ou en télétravail dans une maison avec vue sur mer que dans un immeuble mal insonorisé avec vue sur le parking. Aujourd’hui, une maison pas trop éloignée de la côte bretonne se vend dans la journée, parfois même sans la moindre visite et, le plus souvent, à un prix déloyal du point de vue de l’acheteur local.

Découverte du Grand Chemin à Chevaigné (35). Ce projet d’habitat participatif a été réalisé à l’initiative du maire de la commune.

Mais cet engouement manifeste pour la maison individuelle pose quand même quelques questions. D’abord parce qu’il est source d’injustices pour un grand nombre de familles. La propriété ou seulement même la location d’une maison individuelle n’est pas un rêve accessible à tous. Ensuite, parce qu’il est absurde. En effet, on ne pourra pas continuer à urbaniser à tout-va des terres agricoles sous prétexte que la demande va dans ce sens-là. Une planète qui ne serait couverte que de maisons individuelles, même totalement écologiques, et des infrastructures nécessaires pour les relier entre elles serait inhabitable puisqu’elle ne serait plus capable de nourrir ses habitants…

L’habitat collectif est beaucoup plus soutenable que l’habitat individuel parce que, pour abriter un même nombre de
personnes, il consomme beaucoup moins de terrain et de matériaux de construction. Grâce à la densité qu’il permet, les infrastructures et réseaux nécessaires sont beaucoup moins coûteux en espace et en matériaux mais il ne fait pas rêver parce qu’il est très souvent perçu, et très souvent vécu, comme un habitat de moindre qualité favorisant les conflits de voisinage, comme un lieu où les bruits et les odeurs se répandent d’un logement à l’autre…

Découverte du Grand Chemin à Chevaigné (35). Ce projet d’habitat participatif a été réalisé à l’initiative du maire de la commune.

Et, la tendance actuelle n’incite pas à l’optimisme. Dans la newsletter de Batirama du 29 juillet 2021, qui était par ailleurs le « jour du dépassement », c’est-à-dire le jour où l’humanité a fini de consommer l’ensemble des ressources que la Terre peut produire en une année, on pouvait lire que « La construction de logements s’est à peu près établie au 2e trimestre à son niveau d’avant la crise, mais ce niveau reflète d’importantes disparités entre maisons, en pleine dynamique, et immeubles. »

D’avril à juin, 95.500 logements ont commencé à être construits en France et 112.600 permis ont été délivrés pour de futurs logements, selon le ministère de la Transition écologique, dont dépend le Logement… dans le détail des logements, le redressement de la construction témoigne de situations contrastées entre les maisons et les immeubles. Les premières sont en plein essor : à plus de 50.000 nouvelles maisons autorisées, elles bondissent de près de 20% par rapport à l’avant-crise. Les périodes de confinement qu’ont subi les Français expliquent ce phénomène selon les constructeurs de maisons individuelles.

Le travail sur maquette permet de débroussailler les questions architecturales

En revanche, les immeubles sont de moins en moins construits. Au deuxième trimestre, les immeubles autorisés ont aussi représenté un peu plus de 50.000 logements mais, cette fois, c’est un déclin de plus de 10% par rapport à 2019. »

Mais alors, comment rendre l’habitat collectif plus attractif ?

Défini par la loi ALUR de mars 2014, «L’habitat participatif est une démarche citoyenne qui permet à des personnes physiques de s’associer, le cas échéant avec des personnes morales, afin de participer à la définition et à la conception de leurs logements et des espaces destinés à un usage commun, de construire ou d’acquérir un ou plusieurs immeubles destinés à leur habitation et, le cas échéant, d’assurer la gestion ultérieure des immeubles construits ou acquis».

L’habitat participatif autorise l’autoconstruction, même partielle. Ici, pose du drain périphérique de la salle commune qui sera auto construite en paille.

Il permet donc aux futurs habitants de décider eux-mêmes de ce que sera leur habitat collectif et ça change tout parce que les projets ne sont plus portés par des professionnels qui font construire des logements qu’ils n’habiteront jamais mais par des particuliers qui, comme dans le cas de l’habitat individuel, agissent pour leur propre compte. Pour la même raison, ils peuvent faire des choix qui réduisent considérablement l’empreinte écologique de leur habitat. Vous pourrez le vérifier lors des visites. En outre, comme ils savent bien que leurs futurs voisins ne sont pas des ennemis potentiels, ils n’ont pas besoin de mobiliser de gros moyens pour s’en protéger.

Sur le site d’HPO : habitatparticipatif-ouest.net, on trouve notamment cette
cartographie qui permet de situer une partie des différents projets existant sur le
territoire

C’est pourquoi nous avons tout naturellement décidé d’associer l’habitat participatif à cette 10ème édition de nos portes ouvertes sur l’écohabitat, en signant une convention de partenariat avec Habitat Participatif Ouest (HPO), l’association régionale qui fédère les projets du grand ouest depuis 2008. Certains des projets à visiter sont déjà habités, d’autres en cours d’achèvement, d’autres n’en sont qu’au démarrage et n’ont pas encore de lieu à faire visiter mais, dans tous les cas, les habitants présents et à venir seront heureux de vous accueillir pour vous présenter leur projet commun. N’hésitez pas à vous inscrire aux rendez-vous proposés.

Jean-Louis Lecamus – Adhérent d’APPROCHE-écohabitat