A Ti Kellid, les enseignements d’un projet d’écohabitat participatif

Cinq ans après son lancement, le projet d’écohabitat participatif Ti Kellid aboutira, fin 2021, dans le quartier de Saint-Philibert, à Plomelin. Sept familles impliquées, un succès et quelques leçons à en tirer.

« Pour bien vieillir, il faut continuer à se réaliser, notamment, à rester acteur dans la cité. Ici, nous serons bien placés pour pouvoir le faire. » Jean-Louis Lecamus arbore un large sourire, le regard tourné vers le sud, face à une coulée verte proche du bourg de Plomelin.

Dans le creux du lotissement de Saint-Philibert en cours de réalisation, il savoure la qualité de l’environnement autant qu’il apprécie ce bâtiment compact sur deux niveaux, bigarré, aux matériaux principalement biosourcés, d’un coût d’environ 1,5 M€, dont les sept logements et parties communes prennent forme. Ti Kellid sera livré en décembre 2021.

« Bien vieillir ensemble en réduisant notre empreinte écologique »

« Dès le départ, à six puis sept familles, nous avons envisagé un projet d’habitat groupé pour bien vieillir ensemble en réduisant notre empreinte écologique. Nous avons découvert ce projet d’éco-quartier dans Le Télégramme en 2016. Une belle perspective, mais nous n’avions aucun repère. La Safi nous prenait un peu pour des rigolos et nous demandait une étude de faisabilité. Il nous a fallu faire appel à un architecte du jour au lendemain. Mais alors, à qui s’adresser ? Les enjeux humains et financiers étaient énormes et nous n’avions aucune expérience dans ce domaine. C’était terrifiant », se souvient Jean-Louis.

Sauf que le coprésident d’Approche Ecohabitat en fréquente un autre, l’architecte Tankred Schöll. « Je découvre un champ au relief compliqué, une dimension sociale intéressante, un projet commun mais en réalité porté par une somme d’individus avec des idées et des orientations encore à débattre, un idéal plus cher de 80 %. Il a fallu remettre les pieds sur terre, définir des priorités », relate ce dernier. Sans oublier le cahier des charges contraignant établi par l’architecte urbaniste mandaté par la commune.

Tankred Schöll et Jean-Louis Lecamus sur le chantier de Ti Kellid

L’intérêt d’une assistance de maîtrise d’ouvrage

Avec le recul de cinq années, Jean-Louis et Tankred conseilleraient une assistance à maîtrise d’ouvrage. D’un coût
total de 20 000 € environ, elle a été tentée à Ti Kellid, avec l’Echo-Habitants, une association ligérienne*, mais s’est évanouie progressivement. « C’est pourtant probablement le seul moyen d’aider les maîtres d’ouvrage et l’architecte à trouver un langage commun, de libérer leurs temps d’échanges d’éléments parasites afin de se concentrer sur l’essentiel », émet Jean-Louis. « Le moyen d’éviter des allers-retours chronophages qui génèrent des tensions et éloignent des priorités : en l’occurrence, tenir le pari d’un projet écologique sans exploser le budget, complète
Tankred. Il aurait aussi fallu que le contact avec l’architecte urbaniste intervienne bien plus tôt pour que chacun mesure
bien les contraintes. »

Jean-Louis tire un autre enseignement : « Il faut s’autoriser à avancer : un projet imparfait qui aboutit est infiniment plus utile qu’un projet parfait qui ne se réalise pas », assure-t-il. « C’est très important ça, acquiesce Tankred, comme il est important que le groupe avance soudé, de compromis en compromis. » « Ce qui ne veut pas dire renoncement, mais implique le consentement de chacun », observe Jean-Louis.

Propos recueillis par Bruno SALAÜN – Le Télégramme